Le réalisateur Daniel Chong a partagé des images de concept art datant de 2020 : un univers en rendu aquarelle, délicat, pensé à l'origine pour Jumpers. En quelques heures, la toile s'embrasait. Des milliers de fans, majoritairement issus de la Gen Z, exprimaient leur déception de ne pas avoir vu ce film-là, celui aux tons lavés et à l'identité visuelle si particulière. Ce buzz dit quelque chose d'important sur ce que les créatifs de demain devront savoir défendre.
Ce que le concept art révèle
Ce n'est pas la première fois qu'une direction artistique abandonnée crée plus d'émotion que le film lui-même. Mais ce qui est frappant ici, c'est la clarté du message que portait ce style : une animation 2D aux textures douces, des aplats de couleur humides, une atmosphère qui rappelle à la fois les albums illustrés de l'enfance et les films du Studio Ghibli. Tout le contraire de la 3D hyper-réaliste qui domine aujourd'hui les productions des grands studios.
Pour quiconque a suivi une formation en bachelor design, cette polémique ne surprend plus.
Les questions de Jumpers a rapidement pris la forme d'une émeute contre la 3D. Ce que la Gen Z pleure en réalité, ce n'est pas une technique, c'est une intention. Spider-Man : New Generation et Arcane n'ont pas conquis parce qu'ils utilisaient telle ou telle méthode d'animation, mais parce que leur patte graphique était immédiatement reconnaissable, cohérente, portée par une vision forte dès la phase de concept art.
C'est précisément cette compétence, développer une identité visuelle, qui est au cœur du module du bachelor design proposé chez Studio M, l'école de design à Rennes. On enseigne aux étudiants que la vraie question n'est pas "quel logiciel maîtrises-tu ?", mais "quelle histoire veux-tu raconter, et comment vas tu la rendre ?". Le rough, l'illustration, la typographie, la couleur : autant de disciplines enseignées comme des outils au service d'une intention.
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La direction artistique, ça s'apprend
Ce que l'affaire Jumpers révèle aussi, c'est que les choix de direction artistique ne sont pas seulement des décisions créatives,
Ce sont des décisions soumises à des contraintes industrielles, des budgets, des calendriers... Daniel Chong n'a pas abandonné son univers aquarelle par manque de goût, mais parce que la production d'un long-métrage 2D représente des défis imprévus dans un système rodé à la 3D.
Apprendre à naviguer entre vision artistique et réalité de projet, c'est justement ce que prépare un bachelor design à Rennes. Les étudiants travaillent sur la gestion de projet, le storytelling, le storyboard, et surtout, ils développent la capacité à argumenter leurs choix graphiques face à un client. Une identité visuelle ne vaut que si son créateur est capable de la porter, de l'expliquer, de la défendre.
Rennes, un territoire du graphisme
Il serait dommage de ne pas mentionner que Rennes n'a pas attendu la polémique Jumpers pour trancher ce débat. La capitale bretonne accueille chaque année le Festival National du Film d'Animation organisé par l'AFCA, vitrine des directions artistiques les plus variées et les plus audacieuses de la production française et internationale. C'est l'occasion de voir côte à côte des œuvres en 2D traditionnelle, en stop-motion, en animation hybride, et de comprendre que la richesse du secteur vient précisément de cette diversité de pattes graphiques.
En définitive, l'emballement autour des aquarelles de Jumpers n'est pas une nostalgie passéiste mais une demande aux créatifs de demain : ne pas se laisser dicter par la facilité ou la conformité. Un bachelor design prépare à ça : forger une vision, la nourrir de culture, la confronter à la réalité professionnelle et ne jamais oublier que derrière chaque aplat d'aquarelle ou chaque rendu numérique, il y a un choix.