Du Super-Héros au Polar - L'Histoire de Lanterns
Imagine : tu tiens la barre d'un blockbuster de super-héros, et tu décides d'en faire un polar. C'est le choix derrière la série Lanterns. Décider d'un ton et l'assumer, voilà ce qu'on apprend vraiment dans une école de cinéma.
D'abord, tu choisis un ton, pas une image
Avant le premier plan, il y a une décision. La série Lanterns démarre par un meurtre à Rushville, un bled du Nebraska, et range la bataille cosmique au placard, c'était du vu et revu dans chaque film/série de super-héros. Le showrunner Chris Mundy l'a assumé : rester les pieds sur Terre d'abord, élargir plus tard. Huit épisodes, un par dimanche sur HBO Max, finale le 4 octobre.
Ce que tu poses là porte un nom. Un parti pris de mise en scène : ta décision sur le ton, le rythme et le style, avant même le scénario. Et le registre, l'ambiance dominante que tu vises, ici le polar sombre plutôt que le feu d'artifice d'effet spéciaux et de supers-pouvoirs. Tu sais déjà que ce choix va plaire à certains et braquer les autres.
Choisir un ton et le tenir, c'est le premier réflexe qu'on muscle en école de cinéma. Choisir de réaliser une fin triste, laisser libre à l'interprétation certaines scènes ou encore réaliser des moments dérangeants. Chaque décision est un nouveau parti pris. Chez Studio M, l'école de cinéma à Rennes, on te fait défendre un choix de mise en scène avant de te lâcher sur un plateau. Un anneau magique pardonne moins qu'une intention claire.
Ensuite, tu fabriques ce ton plan par plan
Là, tu passes des mots aux images. Pour tenir la tension, la série Lanterns joue deux temporalités : en 2016, Hal Jordan (Kyle Chandler) forme la recrue John Stewart (Aaron Pierre) ; en 2026, l'enquête avance au présent. Ce montage en aller-retour installe un slow burn, une tension qui monte par paliers au lieu d'exploser d'un coup et gâcher le plaisir du spectateur.
Le pouvoir de l'anneau, tu le sors peu. À la place, tu comptes sur la direction de la photographie, les choix de lumière et de cadre du chef opérateur : lumières basses, plans qui s'attardent. Confier les deux premiers épisodes à James Hawes, passé par Slow Horses, oriente déjà la couleur du projet. Et si tu es le showrunner, comme Chris Mundy (Ozark), ton job c'est la cohérence de ton d'un épisode à l'autre, pas la réalisation elle-même.
Cette chaîne de décisions, du cadrage au montage, c'est le quotidien qu'on simule chez Studio M, l'école de cinéma à Rennes : on met les mains dans le poste de chef opérateur comme dans l'écriture d'une série. Une question t'attend à chaque plan : ça sert le ton, ou ça fait joli ?
Puis tu sors le film et tu assumes
Vient le moment où tu montres ton travail. Tu n'es pas le premier à tordre un héros de comics. Watchmen, signé Damon Lindelof (aussi co-créateur de Lanterns), a raflé 11 Emmy en 2020. Joker a décroché le Lion d'or à Venise en 2019, premier film de comics à gagner le prix. The Batman, en 2022, a relu le héros en thriller noir sous la caméra de Matt Reeves. En face, le pur spectacle a aussi ses triomphes. Les deux voies gagnent.
La série Lanterns choisit sa voie et encaisse la division, commentaires enflammés compris. C'est le prix d'un vrai point de vue. Le tenir sans flancher, au fond, c'est ce que t'apprend une école de cinéma, quel que soit ton camp, construire une intention compte autant que tenir un plateau. Regarde les deux premiers épisodes et demande-toi : quelle décision de mise en scène tu aurais gardée ?
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