Tous HanScène : Des salles de montage à la salle de projection
Le 28 mai au Bâtiment à Modeler de Rennes, les étudiants de Studio M, l'école de cinéma à Rennes, ont projeté leurs courts métrages devant un public qui ne connaissait pas la formation réalisateur. Une vraie salle, un vrai écran, et après les films, des questions directes sur les choix de tournage.
Tous HanScène : filmer le handicap pour changer le regard
Tous HanScène, c'est un concours de cinéma national porté par l'association TREMPLIN Handicap. Le principe : des étudiants réalisent un court métrage de 3 minutes maximum sur le thème du handicap. L'objectif n'est pas de faire un documentaire scolaire. C'est de changer le regard, là où les mots seulement échouent à le faire.
Neuf pour cent seulement des jeunes en situation de handicap accèdent aux études supérieures. Et 1 % atteint le bac+5. Derrière ces chiffres, il y a des parcours réels, des situations concrètes, des invisibilités que la vidéo peut rendre visibles en quelques secondes. C'est exactement ce que Tous HanScène demande aux étudiants de faire.
Pour les étudiants en formation réalisateur à Studio M, ça signifie prendre un sujet difficile, trouver le bon angle, et livrer quelque chose qui touche. C'est l'exercice le plus compliqué qui soit : filmer ce qu'on ne voit pas d'habitude, et le montrer sans faux pas.
Au fond, filmer le handicap et en parler ensuite devant un public, c'est deux exercices en un. Les étudiants repartent avec des retours concrets, des questions qu'ils n'avaient pas anticipées, et parfois une réflexion qui change leur façon d'aborder le prochain projet. C'est ça, aussi, la formation réalisateur. Une façon de te former à présenter un projet devant un jury professionnel et savoir accepter la critique.
Une soirée, des films, deux courts métrages en bonus
Les projections ont démarré à 20h30. Les films Tous HanScène d'abord, puis deux courts métrages personnels d'étudiants en bonus : ces deux films portaient sur la place des femmes dans la société, avec une morale forte pour faire bousculer les pensées. Sujet choisi, prise de position assumée, le format court oblige à trancher : chaque plan doit peser, chaque coupe doit justifier son existence.
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Quand tu disposes de trois minutes maximum pour convaincre une salle, tu ne peux pas te permettre de remplir. Pas de scène inutile, pas de dialogue qui dit ce que l'image montre déjà. C'est brutal comme contrainte, et c'est exactement ce qui rend l'exercice formateur. La formation réalisateur, c'est aussi apprendre à faire des choix qu'on assume et des compromis que le spectateur devra comprendre.
Un clin d'œil à Angèle Thierry, étudiante en Bachelor Réalisateur Monteur 2, qui a coordonné la soirée de bout en bout. Lieu, logistique, timing : elle a tout géré. Le Bâtiment à Modeler n'est pas une salle de cinéma standard. Ça demande une vraie préparation technique pour que la projection tienne la route. Angèle a géré ça.
Après les projections : défendre ses choix devant la salle
Lors des projections des courts-métrages Tous Hanscène, les réalisateurs étaient dans la salle. Le public a pu leur poser des questions directement : pourquoi ce choix de décor, pourquoi cette coupe franche plutôt qu'un fondu, pourquoi ce plan séquence plutôt qu'un champ-contrechamp. Et surtout : comment on filme le handicap sans tomber dans le misérabilisme ?
Des questions qui n'ont pas de bonne réponse sur le papier. Mais qui en ont une quand c'est le réalisateur qui répond, avec le tournage encore frais en tête. "On a voulu montrer la situation sans commenter." Ou : "On a choisi de ne jamais montrer le regard des autres, seulement celui du personnage." Ce genre de réponse, ça ne s'invente pas. Ça vient des décisions prises sur le plateau, parfois à 7h du matin quand le plan prévu ne fonctionne plus ou quand le script change au dernier moment.
C'est là que la formation réalisateur prend tout son sens. Pas seulement dans la maîtrise technique, mais dans la capacité à défendre ses choix artistiques devant des gens qui n'étaient pas là pendant le tournage. Studio M, l'école de cinéma à Rennes, co-organise ce genre de soirée pour que le travail existe au-delà du rendu. Un film vu par une salle, suivi d'une heure d'échanges, ça construit autrement qu'une note sur vingt.