Des étudiants primés face aux pros américains
C'est le genre de résultat qu'on n'attend pas d'un film de fin d'année. Et pourtant : le court-métrage de fiction réalisé par les étudiants en bachelor réalisateur monteur de troisième année a raflé plusieurs prix à l'international, devant des producteurs aguerris venus des États-Unis. Voici comment.
Un projet collectif porté tout au long de l'alternance
La troisième année du bachelor réalisateur monteur à Studio M se déroule en rythme alterné, entre entreprise et cours. En parallèle, les étudiants mènent ensemble un projet de fiction ambitieux sur l'ensemble de l'année académique. Chacun endosse un rôle précis, réalisateur, monteur, chef opérateur, directeur artistique, et traverse toutes les étapes de fabrication d'un film : écriture, tournage, post-production, puis diffusion en festival.
Le court-métrage s'intitule "Ce qu'on efface". L'histoire se déroule en 2050 : Sofia, 22 ans, garde Camille, la petite sœur de son compagnon Paul. Au fil du temps, elle découvre que l'enfant crée des œuvres artistiques en secret dans sa chambre. Un dilemme s'installe alors : révéler la chose à Paul, qui rejette farouchement toute forme d'art, ou protéger Camille au risque d'être elle-même perçue comme déviante. Un scénario à forte tension, avec une ambition narrative affichée dès la première ligne.
Un an de travail, 46 personnes impliquées
Derrière ce film, il y a bien davantage que trois semaines de tournage. Le projet s'est en réalité étalé sur près d'un an. Les premiers pré-montages ont été réalisés dès juin pour valider les grandes orientations, mais la version finale n'a été bouclée qu'en septembre, soit environ trois mois de montage, non consécutifs, adaptés aux contraintes d'une équipe en alternance.
Au total, ce sont 46 personnes qui ont contribué à l'aventure : les sept étudiants du bachelor réalisateur monteur au cœur du projet, entourés de maquilleuses, sound designers, photographes de plateau et bien d'autres. Un véritable tournage, avec une logistique réelle et un budget contraint. La réalisatrice cite le timing et les finances comme les principaux défis rencontrés : "C'est un projet qui aurait clairement mérité plus de moyens pour ce type de fiction." Le manque de figurants a également compliqué certaines séquences.
Atlanta, Liverpool, Rome… et d'autres à venir
Ces contraintes n'ont pas freiné les succès. Le film a remporté le prix du meilleur court-métrage suspense/thriller à l'Atlanta Short Film Festival, non pas dans une catégorie réservée aux étudiants, mais en concurrence directe avec des producteurs professionnels américains. Il a également obtenu le prix du meilleur scénario au Montpellier Independent Film Festival, ainsi que celui du meilleur court-métrage étudiant aux Liverpool Indie Awards. Des mentions honorables sont venues compléter le palmarès au Hollywood Shorts Fest et aux London Global Film Awards. Le film a par ailleurs été sélectionné officiellement au Rome Prisma Film Awards et à l'Indy Short Fest. Une dizaine de réponses de festivals sont encore attendues.
Atlanta : une soirée inoubliable
Parmi tous ces moments forts, l'un se distingue nettement. Temiti, la réalisatrice, était présente à Atlanta lors de la remise des prix. Le directeur du festival, qui a travaillé sur des projets impliquant Brad Pitt et sur le film Joker, leur a adressé des compliments qui ont marqué toute l'équipe bien au-delà de cette soirée. D'autres directeurs de festivals sont venus les rencontrer à l'issue de la cérémonie, échangeant leurs coordonnées avec enthousiasme.
À Liverpool, c'est le directeur en personne qui s'est déplacé pour leur confier qu'il attendait leur prochain film avec impatience. Pour une première fiction étudiante, c'est un signal on ne peut plus clair.
Message de notre étudiante en bachelor réalisateur monteur : "Même en étant étudiant, c'est totalement possible. Il faut juste décider de viser grand dès le départ."
Et la suite ?
L'aventure ne s'arrête pas là. Temiti et Maxime, maintenant anciens étudiants du bachelor réalisateur-monteur les co-réalisateurs, travaillent déjà sur l'écriture d'une suite.
Le message adressé à ceux qui hésitent encore est limpide : beaucoup imaginent que leur film restera "juste" un film étudiant. Eux ont fait le choix, dès le premier jour, de ne pas s'en satisfaire. Atlanta leur a donné raison.
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